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 Sobre a Deficiência Visual


Almost Blue

Carlo Lucarelli

-extrait-

Portrait Of A Blind Man - Steve Salo
Portrait of a Blind Man - by Steve Salo

Um thriller psicológico primorosamente arquitectado. Um serial killer aterroriza os estudantes de Bolonha. Uma detective novata - Grazia Negro - está determinada em resolver o caso. Apenas uma testemunha pode identificar positivamente o assassino... e ele é cego. Simon passa os dias na solidão, ouvindo Almost Blue de Elvis Costello ou scannando as ondas de rádio da cidade para escutar a vida de outras pessoas. Ele gosta de imaginar como as pessoas são - com base no tom e 'cor' de sua voz - e a sua audição apurada faz soar o alarme ao reconhecer a voz do assassino.


Le son du disque qui tombe sur le plateau est un soupir rapide qui sent un peu la poussière. Celui du bras qui se détache de la fourche est un hoquet retenu, comme un claquement de langue, mais pas humide, sec. Une langue de plastique. L’aiguille, en glissant dans le sillon, siffle doucement et grince, une ou deux fois. Puis vient le piano comme les gouttes d’un robinet mal fermé, et la contrebasse, comme le bourdonnement d’une grosse mouche contre la vitre fermée d’une fenêtre, et ensuite la voix voilée de Chet Baker qui commence à chanter Almost Blue.

En étant attentif, très attentif, on peut l’entendre aussi reprendre son souffle et détacher les lèvres sur le premier a de almost, fermé et modulé jusqu’à ressembler à un long o. A-lmost-blue… avec deux pauses au milieu, deux respirations en suspens qui font comprendre, sentir, qu’il tient les yeux fermés.

C’est pour ça que j’aime Almost Blue. Parce que c’est une chanson qui se chante les yeux fermés.

Moi, les yeux, je les ai toujours fermés, même si je ne chante pas. Je suis aveugle, de naissance. Je n’ai jamais vu une lumière, une couleur ou un mouvement.

J’écoute.

Je sonde le silence qui m’entoure, comme un scanner, un de ces appareils électroniques qui balayent l’espace à la chasse des sons et des voix et qui se syntonisent automatiquement sur les fréquences occupées. Je sais très bien les utiliser, les scanners, celui que j’ai dans la tête depuis vingt-cinq ans, depuis que je suis né, et celui qui se trouve dans ma chambre, à côté du tourne-disque. Si j’avais des amis, si j’en avais, ils m’appelleraient sûrement Scanner. Ça me plairait.

Des amis je n’en ai pas. C’est ma faute. Parce que je ne les comprends pas. Ils parlent de choses qui ne me concernent pas. Ils disent brillant, opaque, lumineux, invisible. Comme dans cette histoire qu’on me racontait quand j’étais petit pour m’endormir, où la princesse était si belle et avait une peau si fine qu’elle semblait transparente. J’ai passé beaucoup, beaucoup de nuits éveillé à réfléchir, avant de comprendre que transparent voulait dire qu’on pouvait voir à l’intérieur.

Pour moi cela signifiait que les doigts pouvaient passer à travers.

Même les couleurs pour moi ont une autre signification. Elles ont une voix les couleurs, un son, comme toutes les choses. Un bruit qui les distingue et que je peux reconnaître. Et comprendre. Le bleu, par exemple, avec ce l au milieu, c’est la couleur du lait, des loups et des libellules. Les vases, les venelles et les vaches sont violets et le jaune est la couleur aiguë d’un jappement. Et le noir, je n’arrive pas à l’imaginer mais je sais que c’est la couleur de nulle part, du néant, du vide. Mais ce n’est pas seulement une question d’assonance. Il y a des couleurs qui pour moi signifient quelque chose par l’idée qu’elles contiennent. Par le bruit de l’idée qu’elles contiennent. Le vert, par exemple, avec ce r traînant qui accroche, démange et écorche la peau, c’est la couleur d’une chose qui brûle, comme le soleil. Toutes les couleurs qui commencent par b, au contraire, sont belles. Comme le blanc ou le blond. Ou le bleu, qui est très beau. Pour moi, par exemple, un belle fille, pour être très belle, devrait avoir la peau blanche et les cheveux blonds.

Mais si elle était vraiment belle, alors elle aurait les cheveux bleus.

Il y a aussi des couleurs qui ont une forme. Une chose ronde et grosse est sûrement rouge. Mais les formes ne m’intéressent pas. Je ne les connais pas. Pour les connaître il faut les toucher et je n’aime pas toucher, je n’aime pas toucher les gens. Et puis avec les doigts je sens seulement les choses qui sont autour de moi, alors qu’avec les oreilles, avec ce que j’ai dans la tête, je peux aller loin. Je préfère les bruits.

Pour cela j’utilise un scanner. Tous les soirs, je monte dans ma chambre et je mets sur la platine un disque de Chet Baker. Toujours le même, parce que j’aime le son de sa trompette, tous ces p, petits et profonds, qui me tournent autour, et j’aime sa voix qui chante lentement comme si elle venait du fond de la gorge et avait tant de mal à sortir que pour le faire il fallait fermer les yeux. Surtout ce morceau, Almost Blue, que je sélectionne en premier, même si c’est le dernier. Ainsi tous les soirs et toutes les nuits j’attends qu’Almost Blue me glisse lentement au fond des oreilles, que la trompette, la contrebasse, le piano et la voix ne fassent plus qu’un et emplissent le vide que j’ai dans la tête.

Alors j’allume le scanner et j’écoute les voix de la ville.

Moi, Bologne, je ne l’ai jamais vue. Mais je la connais bien, c’est même probablement une ville toute à moi. C’est une grande ville : au moins trois heures.

Je l’ai senti un jour que je me suis syntonisé sur la CB d’un camion et l’ai suivi tout le temps qu’il est resté dans le rayon de mon scanner. Du moment où il est entré jusqu’à ce que je l’aie entendu disparaître brusquement, le chauffeur n’a cessé de parler avec quelqu’un, conduire et parler, conduire et parler, à travers toute ma ville.

— Ici Rambo, ici Rambo… qui me reçoit ? Je viens juste d’entrer au péage de Rimini Sud… je fais gaffe parce que la Finanzia  est de sortie…

« Ici Rambo…, avance El Diablo… j’ai un tuyau pour une pipe… bretelle sortie Casalecchio di Reno, angle de l’échangeur… demander Luana…

« Ici Rambo… qui c’est, Maradona ? Écoute un peu, comment ça se fait qu’El Diablo est en colère ? Il savait pas que Luana c’est un travesti ? Si tu le couvres, dis-lui que je m’arrête pour dormir à Parma 2 et que je l’attends là… et qu’il ferait bien d’aller se faire enc…

Elles se taisent tout à coup les voix qui courent sur les routes, elles s’interrompent à l’improviste. Ma ville a un périmètre net, défini par le silence, un bord, comme celui d’une table suspendue dans le néant. Au-delà du bord il y a un abîme qui les engloutit, plus noir que le noir. Et vide.

Quelquefois, au contraire, je me branche sur le central téléphonique de la police et j’écoute la voix grésillante des patrouilles. Comme si j’étais suspendu dans le ciel noir de ma ville et que j’avais des dizaines d’oreilles qui courent partout, dans l’obscurité.

— Patrouille 4 au Central… nous avons un accident grave sur la via Emilia… on a besoin d’une ambulance de toute urgence…

— Ici patrouille 2… nous sommes devant la Banca Cooperativa… l’alarme sonne mais il n’y a personne…

*

Une fois, quand j’étais petit, j’étais tombé amoureux d’une voix. C’était il y a longtemps, quand j’allais encore au collège pour aveugles et rentrais à la maison tous les après-midi avec le bus de l’institut. Le chauffeur avait la radio allumée, toujours réglée sur le même canal et cet été-là il y avait un programme qui commençait toujours avec la même chanson. Tous les après-midi je me préparais en vitesse et me débrouillais pour être prêt à l’arrivée du car afin d’être le premier à monter et réussir à m’asseoir devant l’appareil de radio parce que huit ou dix minutes après notre départ, à la fin de la publicité, cette chanson commençait.

Maintenant je sais qu’elle s’appelait 'La vie en rose', mais à cette époque j’étais petit et je savais seulement que c’était une très belle chanson, chantée par une très belle femme, avec une très belle voix. C’était une chanson douce, pleine de erre, mais pas verts, des erre tendres, roses. Je ne comprenais pas les paroles, je ne connaissais pas le nom de cette femme mais cela n’avait pas d’importance parce que pour moi c’était la Femme aux Erre Roses et j’en étais amoureux comme seul peut l’être un enfant.

— Brigadier Avezzano au Central. Une fois terminé le service avec Ripamonti, on ramène la voiture au parking. Tiens, raccroche le truc, là, le micro et fais attention qu’il ne reste pas allumé. Qu’est-ce que t’en dis, Teresí… on va draguer à San Luca ? Allez, on a encore une bonne demi-heure, y’a qu’à dire qu’il y avait du trafic sur les boulevards… c’est quoi ce geste, tu m’envoies me faire foutre ? Ah non, c’est ton alliance… et alors ? Moi aussi je suis marié… et on l’était aussi l’autre fois, non ?

— Rome, terminal 18 ? Rome, terminal 18 ? Oh, Walter, t’y vas ou t’y vas pas prendre la demi-portion ? Il a encore appelé et d’après sa voix il m’a l’air un peu énervé… tu sais que s’il se plaint de moi ce sera la troisième fois cette semaine et ils vont me virer. Loris dit que la via Ferrarini est au Pilastre, près de l’endroit où on a assassiné les trois carabiniers… mets les gaz, Walter, si tu charges ce type je sors avec toi pendant une semaine…

Cet été-là il y avait encore mon père et quand je revenais de l’institut à la maison il m’obligeait à descendre dans la cour parce qu’il voulait que je joue avec les autres enfants. Ils jouaient au Mostro Cieco, une sorte de cache-cache où tous se sauvaient de tous les côtés et je devais essayer de les piéger dans les coins ou les attraper quand ils passaient près de moi. Ou encore à la Palla Fantasma. Je restais devant la porte d’un garage comme devant une cage de football tandis qu’ils essayaient de tirer un but, et en écoutant le bruit des coups de pied et le sifflement du ballon, je devais essayer de le bloquer. Quand ils avaient fini de jouer avec moi, ils sortaient leurs bicyclettes ou jouaient au football pour de bon, alors je pouvais remonter chez moi.

— Ici Rambo, ici Rambo, qui me reçoit ? S’il y a quelqu’un, qu’il parle, j’ai des choses à raconter sur El Diablo… cet animal m’a doublé dans la via Emilia, juste après Ferrara, sans même me saluer, et vous savez où il filait comme ça, avec sa remorque et tout le reste ? À Casalecchio, chez Luana… Maradona ? T’es là, Maradona ? Cette pute d’El Diablo est amoureux…

— Attends, Terè, que j’allonge le siège… laisse-moi regarder, quels beaux nichons tu as… t’aimes ça, hein ? T’aimes ça ? Tu le sens, tu sens comme il est dur… t’aimes ça, hein ? T’aimes ça ? Je vais te le fourrer tout entier, Teresí, bien dur, t’aimes ça… hein ? T’aimes ça ?

— Eh, Anna… c’est Walter. Tu sais, elle est pas au Pilastro, cette rue… je crois qu’elle est sur les collines, regarde un peu. Oh, mais, putain… t’aurais pu demander des détails, toi aussi, bon Dieu, une traverse, un coin de rue, le quartier… Allez, sors une carte et fais-moi entendre cette voix sexy qui va me dire où je suis, parce que, en cherchant cette rue de malheur, je me suis perdu…

Quelquefois, entre le Mostro Cieco et la Palla Fantasma, les enfants de la cour s’asseyaient sur le muret pour parler et, de temps en temps, je me joignais à eux. Cet été-là ils parlaient souvent des femmes qui leur plaisaient et ces discussions m’intéressaient même si je n’arrivais pas à bien les suivre parce qu’il ne s’agissait pas des filles de la cour mais de celles qu’ils avaient vues au cinéma, à la télévision ou dans des revues. Ils me demandaient aussi celles que j’aimais, mais comment pouvais-je le leur dire ? Comment pouvais-je leur expliquer que j’aimais la Femme aux Erre Roses parce qu’elle avait la voix bleue ? Un jour où je n’étais pas allé à l’institut à cause d’une grève je descendis dans la cour avec une radio, j’attendis l’heure exacte et je fis entendre aux enfants du muret la voix de la Femme aux Erre Roses qui chantait La vie en rose.

— El Diablo pour Rambo… tu me reçois ? Dis-moi, qu’est-ce que tu racontes comme conneries partout ? Si je suis pressé c’est parce que si je ne livre pas avant minuit, c’est moi qui l’aurais dans le cul, pas Luana…

— Merde, Terè… la radio ! T’as laissé la radio allumée ! Comme ça on entend tout ! Oh, putain de merde ! Je te l’avais pourtant bien dit !

— Va te faire foutre, Walter ! La demi-portion a appelé et il a noté mon nom !

Celle-là ? m’avaient dit les enfants. Mais celle-là, elle est vieille ! Vieille comme Mathusalem. Maintenant elle doit être morte depuis longtemps…

— Hé, Anna… Va te faire foutre, toi et ta voix sexy.

J’étais remonté en courant, abandonnant ma radio, et depuis je n’étais plus jamais descendu dans la cour. Cet été-là mon père mourut et je cessai d’aller à l’institut. Je n’ai plus écouté ce programme, je n’ai plus entendu cette chanson, je n’ai plus entendu une voix aussi bleue, jusqu’à l’autre soir.

Voilà pourquoi cette nuit j’écoute la ville avec Chet Baker en fond sonore.

Voix bleue… où es-tu ?

*

Cette nuit j’ai rêvé d’elle.

J’ai rêvé d’elle comme je rêve des choses, ondes de chaleur vigoureuses qui glissent sur moi, sur mon visage et mes doigts. Odeurs qui s’enroulent et tournent autour de moi. Saveurs aussi, dans lesquelles je me déplace et que je peux prendre et serrer dans les mains. Mais surtout les sons, le son de sa voix bleue qui fond lentement dans ma tête, comme de la neige gardée dans la paume de la main. Mais pas froide, chaude. Et douce sur la langue. Et dans les narines cette odeur de fer et de fumée, forte, ouverte et fraîche de certains matins à travers une grande fenêtre.

Ce fut un rêve long et doux, que je sens toujours en moi, quelque part entre l’estomac et le cœur, bien que je sois réveillé depuis un moment.

Mais je n’ai pas répondu à ses appels.

Je les ai entendus plusieurs fois à la radio et je sais aussi qu’ils sont passés dans les journaux et à la télévision parce que ma mère est montée chez moi, une fois, pour me demander si j’étais celui dont on parlait dans La cronaca in diretta. Ces messages étaient adressés au non-voyant qui avait appelé la semaine dernière. Il devait entrer en contact au plus vite avec l’inspecteur Negro. Au plus vite. S’il vous plaît.

Je ne l’ai pas fait.

Je ne l’ai pas appelée. Parce que depuis le temps que j’écoute les voix de la ville avec mon scanner et que j’entends des échanges d’adresses, noms et numéros de téléphone, je ne suis jamais intervenu et n’ai jamais contacté personne. Jamais. Pourquoi l’aurais-je fait ? Pour dire quoi ? Pour qu’on me réponde quoi ? Cette nuit, pourtant, c’était différent. Elle soufflait les mots avec tant d’enthousiasme tout en les retenant un peu vibrants sur ses lèvres, comme si elle avait peur de les laisser aller. Je voulais l’aider. L’aider à les expulser, à les souffler comme une belle note ronde et pleine, aiguë comme un solo. Je voulais mettre un peu de jaune et de rouge dans sa voix bleue. Je voulais l’aider.

Je ne l’ai pas appelée. Mais je savais que tôt ou tard elle me retrouverait quand même.

Ma mère.

— Simon, tu es là ? Il y a des messieurs qui veulent te parler…

Je me lève et touche l’ampoule de l’abat-jour sur ma table pour sentir s’il est éteint. Puis je me réinstalle sur le divan, soulève mes jambes et tourne la tête vers le mur. Cette fois, pourtant, il ne sert à rien de faire semblant de dormir.

— Simon ? Mon Dieu que c’est sombre… je vais vous allumer la lumière. Quelquefois elle reste allumée toute la journée et quelquefois au contraire… vous savez ce que c’est. Simon… qu’est-ce que tu fais, tu dors ?

Le déclic de l’interrupteur m’avertit que maintenant il y a de la lumière dans la mansarde. Et des gens. Beaucoup. Il y a ma mère qui papillonne à travers la chambre, déplace la chaise pivotante devant mon ordinateur et dit : – Je vous en prie, entrez –, et : – Simon, allez, lève-toi. – Un homme, près de la porte, souffle entre ses dents une respiration épaisse de fumeur. Et il y en a un autre, à côté de lui. Il a commencé par renifler et maintenant il joue en produisant un cliquetis irrégulier, opaque et étouffé, comme des pièces de monnaie dans une poche.

Mais elle, où est-elle ?

— Je suis l’inspecteur Negro, monsieur Martini. Avec moi il y a aussi l’inspecteur Matera et le brigadier Sarrina, de la Police d’État. Nous sommes contents que vous ayez accepté de nous v… de nous rencontrer.

Je ne dis rien. Je m’assois sur le divan et croise mes bras sur ma poitrine. Un gémissement de semelle de caoutchouc s’approche en grinçant sur le plancher. Je l’entends qui écarte les lèvres et prend son souffle avant de parler, une inspiration courte, comme si elle voulait gonfler les mots pour les expulser très vite de sa bouche, tous ensemble. Elle est embarrassée.

— Je m’appelle Grazia, j’ai vingt-six ans, je suis de taille moyenne, les cheveux bruns, je porte un bomber vert olive et je suis debout devant vous, monsieur Martini.

— Et alors ?

Ma mère : – Simon !

— Je croyais que vous vouliez savoir comment je suis… j’ai vu que vous regardiez de l’autre côté et alors…

— Je ne regarde nulle part, inspecteur. Je ne peux pas regarder.

— Simon !

— Excusez-moi. Je pensais que vous vouliez, disons… me visualiser.

Je souris.

— Ah oui ? Et avec quoi ?

— Simon !

Elle ne dit rien. J’entends un froissement de tissu synthétique, comme si elle se retournait et pendant quelques secondes je pense qu’elle est en train de partir. Non, je ne pense pas… j’ai peur qu’elle soit en train de partir. Mais je n’entends pas le gémissement de ses semelles de caoutchouc. Seule sa voix a changé de direction.

— Puis-je rester un moment seule avec M. Martini ? Vous aussi, madame, merci.

Je respire plus fort. Cento Lire dit : – Venez, madame, juste un petit moment. – Ma mère dit : – Mais… – Puis la poignée grince et la porte s’encastre dans l’encadrement dans un soupir définitif. – Mais…, répète ma mère plus loin dans l’escalier, mais…

Nous sommes seuls. Les roues de la chaise devant moi grincent sur le carrelage. Le coussin sur le siège expire. Elle s’est assise sans doute légèrement penchée en avant parce que je sens sa voix très près de mon visage.

— Monsieur Martini… je peux vous appeler Simon ? Est-ce que nous pouvons nous tutoyer ?

— Non.

— Écoute, Simon.

Pourquoi brusquement me reviennent à la mémoire ces bribes de musique lointaine et impalpable, comme un petit pli dans un tissu qui se défroisse dès que j’essaye de le toucher ? C’est le commencement de quelque chose, le départ d’un morceau dont je n’arrive pas à me souvenir.

— Je sais que je devrais te demander pardon. Je sais que j’aurais dû être plus attentive quand tu m’as appelée et que si je t’avais écouté nous aurions peut-être pu sauver la jeune fille… peut-être. Mais à ce moment-là j’étais distraite, j’avais autre chose en tête et franchement je n’ai rien compris de ce que tu me disais.

C’est un mouvement rapide, l’accord de deux notes qui file aussitôt, si vite que je n’arrive pas à le saisir. Qu’est-ce que c’est ? Cela a quelque chose à voir avec son odeur, je l’ai senti en même temps. Ce n’est pas une odeur agréable. C’est une odeur de vieux tabac absorbée par le tissu froid de son blouson, de sueur acide et un peu douce, comme du sang, comme celle de ma mère certains jours. Mais cette musique, ces notes qui s’unissent ne sont pas comme ça. Elles sont différentes. Dans l’odeur que je sens, il y a quelque chose de plus.

— De toute façon c’est entièrement ma faute et c’est quelque chose que je traînerai derrière moi toute ma vie. Mais pas maintenant, maintenant nous n’avons pas le temps. Maintenant il y a une personne que nous devons trouver et arrêter. Je… je voudrais que tu puisses voir les photos de cette fille… après que nous l’avons trouvée. Je les ai emportées avec moi, comme ça, bêtement, sans penser que pour un non-voyant…

— Je ne suis pas non-voyant. Je suis aveugle.

Elle soupire. Un instant je sens encore son souffle sur mon visage puis de nouveau cette musique, brève et fuyante. Comme la sensation de sa respiration sur ma peau, d’abord fraîche sur les joues, sur les lèvres et soudain chaude, mais encore douce.

— Écoute, Simon, voilà ce que nous allons faire. Ne me corrige plus. De toute façon je sais que la façon dont je parle n’est pas la bonne. Si tu veux je peux apprendre, tu peux peut-être m’aider… mais plus tard. Maintenant nous n’avons pas le temps. Il y a un monstre en liberté qui tue d’une manière que tu ne peux même pas imaginer. Nous l’avons appelé l’Iguane parce qu’on dirait qu’il change de peau et qu’il a toujours un nouveau visage, mais pas cette fois, car la fille qu’il a tuée était habillée. Il est donc certainement parti avec quelqu’un d’autre. Si tu veux je t’expliquerai, mais plus tard… maintenant, nous n’avons pas le temps, Simon.

Ces notes. Une basse qui attaque, une guitare et puis ? De l’herbe, de l’herbe fraîche à peine tondue.

— Le seul qui sache reconnaître l’iguane, c’est toi, parce que tu l’as entendu parler, c’est toi qui me l’as dit, et puisque tu es non… que tu es aveugle… ça va ! et que ta mère m’a raconté ce que tu fais avec ton scanner toute la journée, Vittorio et moi nous avons pensé que…

— Qui est Vittorio ?

— C’est mon chef, Vittorio Poletto. C’est un des directeurs de l’U.A.C.S., si tu veux je t’expliquerai ce qu’est l’U.A.C.S., mais plus tard. Il y avait la batterie d’un téléphone portable dans l’appartement de la jeune fille et nous pensons que l’iguane ne va pas tarder à utiliser un cellulaire ou encore un chat line. Nous croyons… ou plutôt nous espérons qu’il pourra être intercepté de nouveau par un scanner comme le tien. Nous voulons que tu restes à l’écoute jusqu’à ce que tu l’entendes de nouveau parce que tu es le seul qui puisse reconnaître sa voix. Nous voulons que tu nous aides. Mais nous n’avons pas beaucoup de temps, donc tu me dis oui ou tu me dis non. Mais tout de suite. Oui ou non ? Tout de suite.

Elle s’est avancée. Elle a fait glisser les roues de la chaise et s’est approchée de moi avec un soupir rauque. J’ai bien senti son odeur et tout à coup je me suis souvenu de la musique. C’est Summertime, pas la version grandiose et un peu triste habituelle mais celle pétillante et étrange qu’on entend dans la publicité pour un déodorant. Car c’est cela l’odeur couverte par le tabac sur son blouson et l’acidité douceâtre de sa peau, c’est l’odeur fraîche et un peu sauvage d’un déodorant que je perçois seulement maintenant qu’elle s’est approchée de moi. Et peu importe si ce n’est pas le même déodorant que dans la publicité, peu importe si j’y ai associé une musique, un nom ou l’odeur piquante d’un matin d’été. Je sais qu’à partir de maintenant elle sera cette musique et que je l’aurai dans la tête chaque fois que je penserai à elle ou que je l’entendrai parler. Et je sais qu’elle me manquerait si je ne pouvais plus l’entendre.

À cause de ça, même si j’ai peur, même si je ne le veux pas, je pince les lèvres et hoche la tête.

— Oui. Oui d’accord. Je vais vous aider.

*

En l’écoutant de l’extérieur, à mi-étage, la mansarde de Simon ressemblait à la place d’un village un jour de marché. Les voix, les sons et les bruits se chevauchaient indistincts, se superposaient, s’emmêlaient en bourdonnant derrière la porte fermée, mais doucement, comme à mi-voix, à tel point que Grazia crut un instant qu’elle se trouvait devant une rue, mais une rue invisible où les gens, les autos, les mobylettes, les musiques de fond et les sirènes murmuraient à voix basse. Cependant ce n’était qu’une chambre, la mansarde de Simon, un rectangle long, avec des poutres en pente au-dessus d’un divan et trois petites fenêtres ouvertes sur le toit. Chet Baker sur la platine, tout doucement, presque un souffle, Almost Blue. Simon, les coudes sur la table et le menton dans les mains, assis presque sur le bord de son petit siège pivotant. Et huit scanners, tous allumés, tous en fonction, tous réglés à moins d’un tiers du volume.

Quand Grazia entra Simon chantonnait pour lui-même, bouche fermée. Mais pas Almost Blue.

Summertime.

— Qu’est-ce qu’il ya… tu es heureux ?

— Non.

Simon s’éloigna de la table et posa ses mains sur les accoudoirs, le dos raide contre le dossier. Il planta ses pieds par terre et commença à se balancer, d’un côté et de l’autre, lentement mais avec obstination. Grazia sourit, s’apercevant qu’il avait rougi.

— Alors non, dit-elle, moi non plus. J’ai couru comme une imbécile dans tout Bologne, sans rien trouver. Je suis crevée. Ça t’ennuie si je reste un peu ici pour voir ce que tu fabriques ? Je ne dis pas que tu es mon seul espoir, et pourtant...

Simon haussa les épaules et se pencha en avant, approchant son visage des scanners éparpillés sur la table, un peu comme s’il voulait glisser la tête dans cet embrouillamini de fils et de voix. Grazia s’assit sur le divan, enleva son bomber et s’abandonna sur un coussin du dossier, poussant un bref soupir. Elle resta à le regarder, Simon, ses cheveux châtains tirés en arrière négligemment, juste pour dégager le front, les lèvres serrées en une moue méfiante et les yeux mi-clos, les paupières à peine entrouvertes, qui donnaient à son visage un aspect asymétrique, presque déformé. Elle resta à le regarder tandis qu’il faisait courir ses doigts sur les touches des scanners, changeant de canal d’un mouvement rapide du pouce.

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— Comment tu fais pour les suivre tous ?

— Je ne les suis pas. Je les écoute et basta. Je cherche la voix.

— Tu es sûr de bien t’en souvenir ?

— Oui.

— Désolée. Je ne voulais pas dire… pourtant, écoute, ne te vexe pas, c’est juste de la curiosité de ma part : comment était-elle cette voix ?

— Verte.

— Verte ?

— Froide, fausse, contrainte… comme s’il devait la retenir pour ne pas la laisser s’échapper de sa bouche. Comme s’il y avait quelque chose d’autre qui bougeait dessous.

— Et pourquoi verte ?

— À cause du erre. Parce que c’est une voix râpeuse et que je n’aime pas ce qui racle. C’est une vilaine voix. Une voix verte.

— Ah. Et la mienne de quelle couleur est-elle ?

Simon crispa les lèvres et pencha encore plus la tête. Mais avant de plonger à nouveau au milieu des fils et des voix il dit : – Bleue –, très vite et si doucement que sûrement Grazia n’entendit pas.

Telecom Italia Mobile. Votre correspondant n’est pas joignable pour le moment.

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Telecom Italia Mobile. Votre correspondant ne répond pas. Raccrochez et rappelez ulter…

— Ça t’ennuie si je m’enlève les chaussures ? Je ne crois pas que ça changera beaucoup la situation question odeur parce que j’ai pris une douche ce matin mais j’ai couru toute la journée et…

Grazia glissa deux doigts dans l’encolure de son tricot et le fit passer par-dessus la tête en remontant les épaules. Elle passa sa main rapidement entre ses jambes, par-dessus le tissu rugueux du jean, se demandant soudain si ce matin elle avait mis son tampon, vu que c’étaient les derniers jours, puis elle s’arracha brusquement du coussin et se pencha vers ses chaussures de sport.

Sortant des baffles, la voix de Chet Baker.

Sortant des scanners, le sifflement modulé et aigu d’un fax en transmission. Le ronflement rugueux et crêpé d’un cellulaire dont la batterie est déchargée. Les notes synthétiques du Boléro de Ravel d’un répondeur téléphonique.

Sortant des baffles, la trompette de Chet Baker.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Grazia alarmée.

Simon avait levé la tête et tourné le visage sur son cou raide, comme s’il cherchait quelque chose. Il s’arrêta dès qu’il l’entendit parler, l’oreille gauche pointée dans sa direction.

— Rien, dit-il, je ne t’entendais plus.

— Je suis là –, dit Grazia, debout derrière lui.

Elle tendit la main et lui toucha le bras, mais Simon s’écarta, glissant un peu de côté contre le dossier de sa chaise. Il recommença à se balancer sur son siège, lent et nerveux. Grazia s’approcha et posa l’avant-bras sur le bord du dossier pour l’arrêter. Elle leva la jambe, s’assit sur le dossier, la main appuyée au bord de la table pour garder l’équilibre. Elle se rendit compte que Simon avait dilaté les narines et commença à s’écarter, gênée.

— Eh oui, je sais. Je t’ai dit que j’ai couru toute la journée…

— Non –, s’empressa-t-il de dire et il leva la main, l’immobilisant juste avant de la toucher. – Ça ne me gêne pas. Mais il y a une odeur que je ne comprends pas. On dirait de la graisse.

Grazia porta instinctivement la main dans son dos sur l’étui accroché à sa ceinture.

— C’est mon pistolet, dit-elle.

— Ah bien sûr.

Simon inclina la tête sur son épaule gauche, vers Grazia, glissant sur le dossier pour se baisser vers elle. Il dilata les narines, légèrement.

— Caoutchouc. Tu avais des chaussures de sport.

— Oui, mais tu me gênes, je t’en prie…

— Cigarette.

— Oui, mais ce n’est pas moi. C’est mon bomber qui absorbe toutes les odeurs. Matera et Sarrina fument tous les deux.

— Odeur de peau, forte un peu amère. Odeur de tissu, sans doute un tricot en coton. Et une chose acide et un peu douce… mais légère, moins forte que la première fois que tu es venue ici.

— Écoute, tu me mets dans la merde…

— Et puis il y a Summertime.

— Putain, c’est vrai !

Grazia chanta les premières notes, na na naan, faux et pas dans le rythme, mais c’était ça. Elle poussa la chaise de son pied posé par terre et fit valdinguer Simon, qui souriait lui aussi, cette fois franchement.

— Muschio Bianco. Je l’ai choisi pratiquement à cause de ça, parce que j’aimais la chanson. Merde, Simon… on dirait ce film, je ne sais pas si tu l’as…

Elle allait dire si tu l’as vu mais elle s’arrêta, serrant sa lèvre inférieure entre ses dents. Simon, au contraire, haussa les épaules, le sourire encore sur les lèvres.

— Non, dit-il, je ne l’ai pas vu. Je ne suis pas quelqu’un qui va souvent au cinéma.

Grazia sourit et regarda de nouveau Simon, son expression asymétrique, l’œil mi-clos qui ne la voyait pas, ne la surveillait pas, semblait ne rien lui demander et ne rien se demander sur elle. Quand elle était entrée dans la mansarde et s’était assise sur le divan, pendant un moment elle s’était sentie soulagée, presque tranquille bien qu’elle soit en train de donner la chasse à un fantôme dans une ville clandestine, et elle avait pensé que c’était seulement le soulagement physique de s’asseoir et d’enlever ses chaussures après une journée passée debout. Mais en regardant Simon elle pensa que c’était sans doute à cause de lui. Parce qu’elle pouvait rester dans un endroit avec quelqu’un sans que celui-ci l’épie, ironique ou paternel, mais toujours pour lui demander quelque chose, et tu devrais t’habiller en femme, reste avec moi et travaille au bar, attrape-le, petite. Pas avec Simon. Lui ne regardait pas, lui n’épiait pas, lui ne demandait rien. Il écoutait et basta. Il l’écoutait parler.

Alors elle adoucit sa voix, instinctivement, essaya de la rendre la plus tendre possible, moins sauvage et grossière que d’habitude.

— À part le cinéma, qu’est-ce que tu fais d’habitude, Sim ?

— J’écoute le scanner. J’écoute les voix de la ville.

— D’accord. Et puis ?

— Et puis rien.

— Tu ne sors jamais ? Tu vas bien quelque part non ?

Simon cessa de sourire. Il posa ses bras sur le bord de la table et se glissa de nouveau parmi les fils, agitant les doigts sur les touches du scanner comme sur le clavier d’un piano.

— Non, dit-il.

Je suis d’accord avec les filles, on se voit au Paradiso vers…

Lalla nous attend au rest…

Donne-moi un rendez-vous pour qu’on se…

C’est Paola, c’est toi Vo…

Moi non plus, pensa Grazia. À part une pizza de temps en temps ou un film avec une collègue du Bureau des étrangers mais ce n’est pas sortir vraiment.

— Mais tu dois bien voir des gens, non ? Je ne sais pas moi, Sim… des amis…

— Non.

Écoute paysan, nous on doit se voir ce s…

Moi non plus, pensa Grazia. À part Vittorio et mes vieux camarades d’école, mais c’est pas tout à fait comme avoir de vrais amis.

— Et une fiancée, Simon ? As-tu une fiancée ?

— Non.

Simon pencha la tête, parmi les voix, parmi les bourdonnements. Puis il tourna la tête vers la gauche.

— Et toi ? demanda-t-il, doucement.

Grazia fit une grimace et secoua la tête.

— Moi ? Non, pas en ce moment. Je pense avant tout à mon travail et… qu’est-ce qu’il y a ?

Simon s’était levé si vite de sa chaise qu’il avait fait glisser la jambe de Grazia de l’accoudoir. Il avait tourné la tête de l’autre côté, vers le scanner de droite. Il avait tendu la main et serré le bras de Grazia, fort à lui faire mal.

Oui, je viens.

Vraiment, tu viens ? Tu t’en souviendras ?

Oui. Ce soir. Teatro Alternativo. O.K.

Grésillement. Clic de fin de communication et friture dans l’espace vide. Simon fit courir ses doigts sur les touches des scanners et les éteignit tous, tous autant qu’ils étaient, sauf celui de droite.

Grésillement. Grésillement fripé et vert.

Grazia glissa sur ses chaussettes blanches jusqu’au lit où elle avait laissé son bomber. Elle sortit son portable et composa un numéro, le plus vite possible, tout en essayant de faire entrer de force son pied dans sa chaussure renversée par terre.

Allô, Matera ? – dit-elle, hurlant presque, puis, s’adressant à Simon, pointant sur lui un doigt à l’ongle court et rond : – Ce soir nous allons faire une entorse à la règle, Simon. Ce soir nous sortons. Tous les deux.

*

Le son du disque qui tombait sur le plateau était un soupir rapide qui sentait à peine un peu la poussière. Celui du bras qui se détachait de la fourche était un hoquet retenu, comme un claquement de langue, mais pas humide, sec. Une langue de plastique. L’aiguille, en glissant dans le sillon, sifflait doucement et grinçait, une ou deux fois. Puis arrivait le piano et on aurait dit les gouttes d’un robinet mal fermé, et la contrebasse, comme le bourdonnement d’une grosse mouche contre la vitre fermée d’une fenêtre, et ensuite la voix voilée de Chet Baker, qui commençait à chanter Almost Blue.

Simon l’entendit alors qu’elle était encore en bas des escaliers. Il l’entendit malgré sa démarche silencieuse, car n’étant sortie de l’hôpital que depuis deux jours, elle devait s’agripper à la rampe grinçante pour éviter que sa tête ne tourne.

Il éteignit le scanner d’un rapide coup de pouce, direct et précis, il baissa même Chet Baker, mais à peine. Il planta ses pieds par terre, fit pivoter son fauteuil, se tourna vers la porte fermée, la fixant comme s’il la voyait, les yeux à peine un peu décalés vers la gauche.

Il sourit quand il ne l’entendit plus, parce qu’il savait que Grazia était en train de le rouler, comme d’habitude, arrêtée au milieu de l’escalier pour enlever ses chaussures. Mais elle fut trahie par ses lacets et le craquement de la marche sur laquelle elle s’était assise. Elle fut trahie aussi par le bruit que fit son genou quand elle se leva pour continuer son ascension, sur la pointe des pieds, retenant sa respiration.

Il attendait le grincement de la poignée, légère comme un murmure.

Bientôt Grazia allait entrer dans la mansarde, avec son odeur d’huile, de sueur, de coton frais et Summertime. Avec cette musique qui l’accompagnait toujours et commençait à résonner dans sa tête.

Il savait comment elle était faite, Grazia, même s’il ne pouvait pas la voir.

Elle avait les cheveux bleus et la peau si transparente qu’il pouvait passer les doigts à travers.

Fin
 

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Almost Blue: Lucarelli, Carlo: 9781843430865: Amazon.com: Books

-extrait-

ALMOST BLUE
Carlo Lucarelli
roman
Traduit de l’italien par Arlette Lauterbach
Titre original: ALMOST BLUE (1997)
Éditions Gallimard, 2001, pour la traduction française. 

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21.Jul.2024
Publicado por MJA